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« Se réinventer pour un futur durable », l’ingénierie biomédicale à l’heure des nouveaux équilibres


Rédigé par Joëlle Hayek le Lundi 28 Septembre 2026 à 10:41 | Lu 30 fois


Alors que les 30èmes Journées d’ingénierie biomédicale s’apprêtent à ouvrir leurs portes à Rennes, l’AFIB – l’Association française des ingénieurs biomédicaux – dévoile les grandes orientations d’une édition placée sous le signe de la transformation. Valérie Moreno, présidente de l’AFIB, Laurent Bourgeois, président des Journées AFIB 2026, et Sandie Mellin, coordinatrice du comité scientifique, présentent les temps forts de ce rendez-vous incontournable et les grands enjeux qui accompagneront les professionnels de santé dans les années à venir.



Cette édition 2026 aura pour fil rouge : « Se réinventer pour un futur durable ». Pourquoi ce choix ?

Sandie Mellin : Notre métier est au carrefour des technologies, des pratiques médicales et des organisations hospitalières. Avoir 30 ans, c’est être riche d’une expérience pour mieux appréhender les profondes transformations que connaissent aujourd’hui les établissements de santé. Se réinventer s’est donc imposé comme fil conducteur de notre programme. Il renvoie bien sûr aux enjeux environnementaux et à la RSE, mais aussi à la sobriété, qu’elle soit financière ou technologique, dans un contexte marqué par l’essor du Smart Hospital et de l’intelligence artificielle. L’accélération technologique que nous vivons aujourd’hui ouvre de nouvelles perspectives, mais soulève aussi des questions éthiques majeures. Notre ambition est d’aborder ces évolutions tout en interrogeant leurs impacts et leurs usages. 

Laurent Bourgeois : Le programme a été pensé pour que chaque congressiste reparte avec un socle de connaissances partagé sur les enjeux du développement durable en santé, mais surtout – car c’est là tout l’enjeu – avec des idées et des pistes d’actions concrètes, facilement transposables dans les établissements. L’ingénieur biomédical est par nature dans une démarche de veille permanente sur tous les sujets relatifs aux technologies et aux innovations. Cette capacité à se réinventer lui permet aujourd’hui de s’engager dans des démarches pragmatiques et de faire du développement durable un véritable levier d’action.

Comment cette thématique sera-t-elle abordée ?

Laurent Bourgeois : Une demi-journée entière sera consacrée au développement durable. Elle débutera par une conférence avec deux membres du Shift Project, spécialistes de la santé, qui poseront le cadre général et les grands enjeux en explorant les liens entre environnement, santé et technologies biomédicales, en écho au congrès Santé 2050 récemment organisé à Rennes. La parole sera ensuite donnée à des établissements engagés dans leur transition écologique, pour partager des initiatives concrètes, avant d’enchaîner sur le sujet de la Low Tech : peut-on faire aussi bien avec moins de technologie ? Cette réflexion rejoint directement les enjeux éthiques liés aux choix technologiques : comment, en tant qu’acheteurs et responsables de services biomédicaux, arbitrer et prioriser ? Il ne s’agira pas d’opposer Low Tech et innovation, mais bien de repenser la manière d’aborder ces réflexions dans nos pratiques et de répondre ainsi aux attentes de la société.

Valérie Moreno : La responsabilité sociétale et environnementale est aujourd’hui un enjeu majeur pour notre profession. Au sein des établissements de santé, les équipes biomédicales doivent pleinement contribuer à ces transformations, qui sont à la fois nécessaires et porteuses de sens. Notre nouvelle référente RSE, Annabel Meunier – entrée au Conseil d’Administration de l’association lors des Journées 2025 – a d’ailleurs impulsé une véritable dynamique afin de les inscrire progressivement dans nos pratiques et nos métiers. L’AFIB profitera ainsi de cette édition pour rendre public son Livre Vert, production du groupe RSE qu’Annabel Meunier a réuni autour d’elle.

Cette démarche se retrouve dans l’organisation même des Journées…

Laurent Bourgeois : Oui, le choix du Couvent des Jacobins s’inscrit pleinement dans cette logique, tout comme le recours à des stands réutilisables avec une société rennaise, les circuits courts pour la restauration et, plus largement, la réflexion menée pour réduire l’empreinte environnementale de l’événement. Les Journées 2026 seront aussi l’occasion de lancer un partenariat avec l’École des hautes études en santé publique (EHESP) autour d’un module de formation en e-learning consacré au développement durable appliqué aux métiers du biomédical. Il faut pouvoir mobiliser davantage d’acteurs et accompagner concrètement l’ensemble de la profession dans cette transition.

Sandie Mellin : Nous proposerons également, au sein de l’espace exposants, un atelier interactif consacré à l’impression 3D, thématique portée depuis plusieurs années par l’AFIB et aujourd’hui pleinement inscrite dans ses travaux avec l’implication de Kévin Bellenger sur ce sujet. Trois sociétés et leurs imprimantes 3D seront présentes pour accompagner les congressistes dans leurs problématiques concrètes : déployer l’impression 3D dans leur établissement, se familiariser avec les outils d’impression, concevoir une pièce Low Tech, développer des outils pédagogiques ou préopératoires, etc.

L’intelligence artificielle sera également un sujet incontournable des Journées…

Sandie Mellin : L’IA sera effectivement présente dans la plupart des ateliers, l’imagerie, la cancérologie, la biologie, les soins critiques… puisqu’elle impacte tous les domaines aujourd’hui. Au-delà de ces états de l’art technologiques, nous proposerons également deux ateliers-débats au format inédit, tant dans leur forme – 1h30 d’interview et d’interactions avec le public – que dans leur fond, avec un véritable temps de débat et de confrontation des points de vue. Le premier portera sur la robotique chirurgicale et le juste besoin technologique : faut-il s’équiper à tout prix ? Le second sera consacré à l’IA en santé avec les regards croisés d’un ingénieur biomédical, d’un médecin généticien, d’un chirurgien, d’un éthicien, d’un DIM et d’un DPO autour d’une question aussi bien technologique qu’éthique : en matière de santé, que sommes-nous prêts à déléguer à l’IA ?

Laurent Bourgeois : L’IA sera aussi illustrée par des cas d’usage concrets en radiologie, échographie cardiaque, anesthésie-réanimation ou encore dans les technologies du mouvement. Mais l’enjeu dépasse la technologie. L’explosion des données transforme nos pratiques : comment exploiter cette ressource, renforcer la matériovigilance et accompagner l’évolution des métiers ? Un atelier consacré aux entrepôts de données de santé prolongera cette réflexion et permettra d’ouvrir naturellement le débat sur l’IA et la data. L’exploitation « intelligente » des données de santé – souvent présentées comme une véritable mine d’or – ne fait que commencer. 

Autre nouveauté cette année : les parcours thématiques. Pourquoi ?

Sandie Mellin : Derrière les innovations technologiques, l’objectif des ateliers est d’accompagner les congressistes dans la mise à jour ou l’approfondissement de leurs connaissances selon leur compétence, leur besoin ou leur centre d’intérêt. Ces parcours thématiques permettront donc aux participants de consacrer une demi-journée à un même domaine : achats, biologie, cancérologie, imagerie 3.0, rééducation, soins critiques, numérique… Bien sûr, ceux qui le souhaitent conserveront la possibilité de composer librement leur programme. Certains formats seront volontairement plus ludiques afin de susciter la curiosité sur des disciplines parfois perçues comme très techniques, à l’instar de la biologie. Nous avons aussi souhaité donner davantage de visibilité à des sujets parfois moins visibles, comme le handicap.

Valérie Moreno : Ces parcours répondent aux grands enjeux de notre profession. Le numérique, à travers la cybersécurité, les PCA/PRA ou la certification HAS, font désormais partie du quotidien des ingénieurs biomédicaux. Grâce aux contributions de Sandrine Roussel et Mathieu Le Tutour, l’AFIB poursuit ainsi ses travaux sur le Clausier de sécurité numérique, en partenariat avec le Club des RSSI et le réseau des DPO hospitaliers, tout en continuant à promouvoir l’utilisation du questionnaire AFIB sur la sécurité numérique, déjà largement adopté par les établissements hospitaliers et les centrales d’achat. Cette dernière démarche soutenue par l’ANSSI prend aujourd’hui une nouvelle ampleur, et nous cherchons désormais à généraliser son adoption au niveau national alors que le nombre d’équipements connectés ne cesse d’augmenter. Sur un autre registre, nous avons également souhaité proposer un parcours dédié aux achats afin de rappeler le rôle stratégique de l’ingénieur biomédical dans les achats complexes.

Quelle place sera donnée aux retours d’expériences internationaux ?

Sandie Mellin : Ils seront nombreux. Des collègues québécois interviendront par exemple autour d’un sujet émergent, les unités virtuelles de soins. Nous mettrons également en lumière le cercle international de l’AFIB et ses missions. La dimension internationale sera aussi au cœur de la plénière de vendredi consacrée à la gestion de crise, avec nos collègues espagnols qui reviendront sur la gestion du black-out électrique ayant touché Madrid l’année dernière. La crise sanitaire Covid, qui a profondément marqué les établissements de santé, et le contexte géopolitique actuel, conduisent aujourd’hui les structures hospitalières à renforcer leur préparation et leur capacité de réponse aux situations exceptionnelles. Ces événements vont probablement se multiplier sous diverses formes : cyberattaque, épisode climatique extrême, mégafeu comme celui de cet été en Gironde, ou tout autre événement de plus grande ampleur encore, avec des conséquences majeures sur le réseau sanitaire. L’humain sera au centre de ces dispositifs : une conférence nous aidera à mieux comprendre les facteurs humains et organisationnels mis en jeu dans ces situations de stress et de préparation intenses. 

Laurent Bourgeois : Nous aborderons ensuite la gestion collective de ces épisodes à travers une conférence intitulée « Orchestrer les talents » : coordination des équipes, compréhension des fonctionnements de chacun, prise de décision en contexte complexe… Certaines situations peuvent devenir inextricables ou, au contraire, être résolues grâce à notre capacité à agir ensemble. Nous proposerons enfin un véritable pas de côté avec un regard extérieur au monde biomédical, afin d’enrichir les échanges. Mais nous gardons encore la surprise !

Valérie Moreno : Malgré le succès croissant de nos Journées, tous les adhérents ne peuvent pas toujours se déplacer ou assister à l’ensemble des ateliers. Nous souhaitons donc développer des webinaires pour partager certaines interventions, toujours dans une logique de transmission et de partage des connaissances.

Quels sont les autres axes de développement de l’AFIB ?

Valérie Moreno : Nous poursuivons nos missions historiques en imagerie, radiothérapie, biologie ou encore au CES, tout en proposant de nouvelles thématiques d’étude, comme la chirurgie traumatique avec la SOFCOT. Nos collaborations avec les sociétés savantes d’anesthésie-réanimation, la SRLF et la SFAR, se renforcent également, ce qui nous permet d’accéder à davantage d’états de l’art et de diffuser ces connaissances au-delà des Journées, par exemple au travers de sessions communes. Le groupe Qualité et le groupe Nomenclature font par ailleurs toujours un travail de fond remarquable. Nous développons en outre davantage de synergies avec les techniciens biomédicaux – nos partenaires historiques sur le terrain – mais aussi avec les DSI : l’arrivée des dispositifs médicaux numériques fait en effet émerger de nouveaux besoins en matière de connectivité et de cybersécurité, qui gagneraient à être mieux appréhendés. L’AFIB affine ainsi d’année en année son organisation interne pour répondre aux attentes de ses adhérents et aux nouveaux impératifs du métier. Les mois à venir confirmeront cette dynamique.

Le mot de la fin ?

Valérie Moreno : Ces Journées s’appuient sur une équipe expérimentée et un programme en phase avec les grands enjeux de la profession. Après le record de participation enregistré en 2025 – 400 congressistes à Paris –, nous souhaitons poursuivre cette progression tout en conservant un format propice aux échanges, avec un nombre d’exposants volontairement limité à 120. L’édition 2026 s’annonce en tous cas très prometteuse !

> Article paru dans le hors-série #10 – Journées AFIB 2026, à lire ici
 






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